De la prévision

 

- passé, présent, futur

- l'observation du passé et ses limites

- le présent et son extension subjective

- le futur n'est pas le développement linéaire du passé

- le futur est néanmoins conditionné par le passé

- l'émergence est le "facteur nouveau"

- qu'est-ce que l'émergence ?

- les conditions qui rendent possible la manifestation d'une émergence

- est-elle prévisible ?

- oui sur son surgissement.

- non sur ses modalités (date, forme)

- que penser des statistiques ?

Conclusion

Observation préliminaire

Lorsque nous disons passé, présent ou avenir, nous sous-entendons les évènements qui ont eu lieu, ont lieu ou auront lien dans chacune de ces catégories.

- passé, présent, futur

On ne peut dissocier la notion de prévision de celle de la marche du temps, que nous dissocions "logiquement" d'une manière définitive entre passé, présent et futur. La prévision, telle qu'on l'imagine, est la "vision" de ce qui est à venir dans le futur par l'observation du passé et du présent, prévision faite dans le présent.

Est-ce aussi simple ?

l'observation du passé et ses limites

Le passé , ou plutôt ce que nous en connaissons, est une connaissance partielle d'une totalité, qui est interprétée différemment par chaque observateur, selon ses propres références, à savoir sa formation familiale, scolaire, universitaire éventuellement, et des enseignement tirés de son insertion sociale, le tout teinté de la culture de la société dans laquelle il évolue.

Une interprétation du passé faite en vue d'une prévision entre obligatoirement dans le cadre des références des acteurs de cette prévision. Est-il possible de tenter une prévision hors de la culture qui la prédétermine ?

C'est pourquoi, si l'on admet la possibilité d'une prévision , il faut accepter qu'elle ne vaille que pour celui qui l'exprime, et ceux dont les référentiels sont similaires.

Les notions que nous avons du passé sont très différentes selon les époques et les individus. Certains pensent que le passé serait un grand "trou" dans lequel s'évanouissent toutes les activités du présent, et dans lequel il n'y aurait plus aucune temporalité, tout étant superposé, intégré, écrasé dans un grand magma dont on ne puisse plus extraire les détails. D'autres imaginent que les faits se superposent en strates régulièrement déposées par la marche du temps, et dont il suffit de connaître la date pour faire ressurgir leurs modalités dans les présent.

Si toutefois on puisse s'accorder sur une chronologie des faits historiques, indéniables, irréfutables, la définition que l'on en donne est, là encore, culturelle

1492 : découverte de l'Amérique par Christophe Colomb.

notre définition a posteriori. On ne savait pas qu'il s'agissait d'un nouveau continent, ni qu'on lui donnerait le nom d'Amérique

1492 : début du processus de notre génocide

telle pourrait être la définition des tribus indiennes. si, toutefois elles dataient les années à notre manière

Quoi qu'il en soit, l'analyse d'un passé ne peut être que partielle, culturelle et individuelle.

Présent et extension subjective

quelques définitions :

- le passage entre passé et avenir

- ce qui est ni le passé, ni l'avenir

- le temps que nous vivons

- tout ce qui se passe dans la contemporanéité

- ce que nous ressentons

De nombreux philosophes ont tenté de donner des définitions. Mais selon notre mode de pensée, ces définitions sont valables pour eux, dans la sensibilité de leur temps et de sa culture. Nous ne proposerons pas de nouvelles définitions. Chacun d'entre nous a sa propre sensibilité et un point de vue valable pour qui il est.

Toutefois, l'instantanéité du présent n'est pas la même pour tous. Le géologue, parlant du présent n'assume pas le présent du préhistorien, ni celui de l'historien, encore moins celui du journaliste. Et lorsque chacun d'entre eux tente une prévision, son futur sera différent de celui des autres.

La simultanéité, dans le présent est de l'ordre de la nanoseconde pour le physicien atomiste alors qu'elle est celle de l'ère géologique pour le géologue.

 

Le futur n'est pas le développement linéaire du passé

définitions :

- ce qui n'est pas encore arrivé

- la suite du passé

-

Est-il la continuation du passé ?

Le futur n'est pas la continuation du passé, comme l'écoulement d'un grand fleuve. Il n'est pas, non plus, contenu en germe dans le passé. Toutefois, un passé différent eut conduit à un présent différent. Mais il y a là une contradiction apparente. Le futur n'est pas le développement "linéaire" du passé, et, cependant il est conditionné par ce passé. Comment ?

le futur est conditionné par le passé

C'est ainsi qu'est apparue récemment, par l'étude systémique, la notion "d'émergence". Tout semble vivre et évoluer normalement lorsque, subitement, un item se désagrège et disparaît. Ce qui le remplace n'était aucunement prévisible, pas plus que cette brusque période de chaos qui suit cette disparition avant que ne se recomposent les éléments de cet item en une autre configuration, elle même imprévisible.

Le développement du passé comporte des accidents, imprévisibles quant à leur surgissement et également imprévisibles quant à leur forme. Ces accidents sont à la fois déterminés par le passé et ne résultent pas logiquement de ce passé.

Exemples d'émergence ;

- en géologie : les séismes, les éruptions volcaniques

- en histoire : les révolutions de 1789 et 1917

- en économie : la grande crise du krach de 1929

- en physique : les transitions de phase

- en médecine : un infarctus

- dans la vie quotidienne : une perte d'emploi, un accident d'avion.

Chaque fois que le présent, brusquement, n'est plus la suite du proche passé, une émergence s'est manifestée.

L'émergence est le "facteur nouveau"

C'est celui qui rend toute prévision tributaire d'évènements apparemment imprévisibles.

Mais la compréhension des conditions dans lesquelles une émergence pourrait se manifester permettrait une approche de prévisions un peu moins aléatoires.

Quelles sont les conditions rendant possible la manifestation d'une émergence ?

Voici ce que la recherche systémique propose ;

Que savons-nous d'un système ?

D'abord nous le reconnaissons parce qu'il a une apparence, une "valeur affichée".

Par exemple un homme, une fleur, une automobile, un compte en banque ont une apparence, une position, une valeur chiffrée ou chiffrable, variant en permanence.

Nous savons que toute apparence, pour nous, n'est que passagère, valable dans le cycle que nous observons, sous condition que notre observation ne la perturbe pas.

Inversement, si nous ne reconnaissons pas un système parce que nous ne pouvons pas constater une valeur affichée, cela ne signifie pas qu'il soit non existant.

- il est constitué d'éléments ordonnés hiérarchiquement, verticalement par "grandeur"

- tout système reçoit, transforme et donne (intrants, transformation, extrants)

- tout extrant d'un système est un intrant pour un autre. L'inverse est donc exact

- tous les systèmes sont liés entre eux du fait de leurs interconnections par entrants et extrants

Chaque opération d'un système est de recevoir (prendre) ou donner (ou être pris)

Un système comporte des cycles, qui sont la manifestation de l'exécution séquentielle d'un programme qui prend et donne et retourne au début du cycle.

Son comportement apparent est discret, dans le sens de "non continu". Il opère par sauts. On le constate aussi bien au niveau de la mécanique quantique qu'à celui de nos propres systèmes : cardiaque, respiratoire, digestif, ambulatoire ou de tout autre système. Un système apparemment sans sauts (robinet qui coule, train qui roule) n'est peut-être qu'un cas particulier dans lequel s'établirait une relation d'équivalence entre ce qui rentre et ce qui sort. Ou peut être est-ce dû au niveau d'observation

Par ailleurs il est confiné entre des limites . Trop ou pas assez lui sont néfastes.

Il dispose physiquement ou virtuellement d'un réceptacle (ou plusieurs) à l'intérieur duquel (desquels) s'effectue(ent) la (les) transformation(s)..

Il semble que l'on puisse constater une autorégulation qui permette de contenir le volume ces réceptacles à l'intérieur de deux limites, quel que soit le système.

Et si, par excès ou par défaut, cette autorégulation n'a pu agir, c'est l'éclatement. En cas de dépassement, le réceptacle "explose" et libère son contenu. Un manque conduit à une implosion et à la désagrégation hiérarchique du système de même qu'un excès. Un des éléments du système disparaissant, l'équilibre dynamique du système est rompu, et il s'effondre jusqu'au niveau inférieur auquel ce manque ne fait pas défaut.

Du fait que le fonctionnement des systèmes soit discret, il suffit d'un

seul entrant ou extrant pour faire passer une limite au delà de ses bornes, le système basculant en une situation chaotique. C'est "la goutte qui fait déborder le vase".

- un système ne se perpétue que si les intrants et les extrants restent compris entre deux valeurs minimum et maximum. Sinon, il y a une période de chaos et une ré agrégation des composants en un autre système.

C'est alors une émergence. C'est l'imprévu dans une évolution prévue.

 

Comment diminuer les imprévisibles dans une prévision ?

Nous savons qu'une émergence se produit lorsque les entrants ou les extrants sont en excès ou en défaut. Il faut donc rechercher dans le système pour lequel on tente d'établir la prospective quels sont ces intrants et extrants, par ailleurs obligatoirement liés à d'autres système

Le système, celui dont on élabore une prospective, est tributaire du/des système(s) qui lui fournit(nissent) ses entrants. Celui-ci est-il viable ? Ses propres entrants sont-ils assurés ? D'où proviennent-ils ?

En ce qui concerne les extrants, y a-t-il l'assurance que le(s) système(s) récepteur(s) puisse(nt) toujours survivre. Que se passerait-il si ses extrants ne pouvaient être absorbés ?

Ainsi, la prévision du comportement d'un système devrait aller rechercher la viabilité des systèmes associés, immédiatement ou médiatement, proches ou éloignés.

Une émergence est-elle prévisible ?

Elle pourrait l'être si on pouvait comprendre l'évolution des liaisons proches du système observé. L'expression "on court à la catastrophe" résulte d'une intuition intégrant beaucoup d'éléments relatifs à la dynamique des systèmes reliés, en amont et en aval.

Par ailleurs, il faudrait connaître les limites inférieure et supérieure acceptables par le système, ce qui est beaucoup plus difficile à évaluer. En outre, ces limites peuvent être variables dans le temps ou selon les modalités dont les intrants et extrants circulent.

Sa forme est-elle prévisible ?

Nous ne savons pas (encore) comment un chaos se réorganise en un ensemble. Il paraît difficile de faire quelque proposition valable. A la rigueur, pourrait-on suggérer quelque possibilités, sans pouvoir se prévaloir d'aucune certitude.

Que penser des statistiques ?

Si l'on peut formuler de sévères critiques à l'égard de l'interprétation d'une statistique, l'observation de l'évolution des résultats dans le temps des mêmes statistiques pourrait être une aide à la prévision.

En effet, si l'on accorde quelque crédit à l'autorégulation, l'examen d'une courbe pourrait fournir, dans certains cas, des information supplémentaires :

- une courbe avec des oscillations devenant de plus en plus faibles pourrait dénoter:

soit un affaiblissement des capacités de régulation

soit un manque d'entrants ou un excès d'extrants

- une courbe avec des oscillations devenant de plus en plus amples dénoterait les difficultés d'adaptation d'une régulation à un excès d'entrants ou un manque d'extrants.

Une courbe devenant plate ou chaotique est la manifestation d'une probable déstructuration.

Le système de régulation, comme tout système, fonctionne à l'intérieur de limites …

Ainsi, la notion d 'émergence permet de dire que l'avenir est lié au passé, mais qu'il n'en découle pas. L'analyse systémique des tenants et aboutissants d'un système permet, peut-être, de modérer et d'affiner une prévision.

 

Page d'accueil