Observation, observateur et observé

d'un point de vue systémique

 

selon Henry Cohen

 

La systémique est une discipline qui étudie comment fonctionnent les entités qui "font" quelque chose, aussi bien une machine qu'un être vivant, et qui constituent notre réalité.

La systémique constate :

- l'interconnexion, de proche en proche, de tous les éléments de cette réalité, du fait que tout ce qui est produit par une entité quelconque est absorbé par une autre dans leur environnement commun

- les liaisons cycliques (dynamiques) entre ces éléments, conduisant au changement permanent de toute réalité,

Ce qui, actuellement, conduit à une pensée nouvelle et dynamique qui, d'absolue (Descartes) devient relative (Wiener, Bertalanffy, Morin, de Rosnay, Prigogine).

 

* Définitions, corrélats

Le mot observation définit à la fois l'acte d'observer et le résultat de l'observation. Nous dirons que le résultat d'une observation est une affirmation, positive ou négative, ce qui revient au même, ou une conclusion. (ceci est…, ceci fait…, ceci présente…, ceci… etc)

 

L'observé est l'objet de l'observation, ce qui est observé.

C'est, plus exactement, ce que l'observateur pense observer.

(J'observe la lune avec mes jumelles…, j'observe mon chien qui joue…, j'observe les gens au restaurant…, j'observe la couleur du ciel…, etc)

L'observateur est le médiateur entre observation et conclusion (ou affirmation). Il est celui qui subit ou déclenche une observation.

(le médecin mesure la tension artérielle…, le biologiste regarde au microscope…, le savant observe et analyse une courbe tracée sur son ordinateur…, etc)

Ce texte ne traite aucunement de la réalité, mais uniquement des rapports entre observation et observateur.

L'opération d'observer est une activité permanente. A notre insu, plusieurs facteurs orientent et déterminent le résultat de nos observations.

Ce dont nous avons conscience, analysé par notre logique cartésienne :

- l'observation

- l'observateur et

- l'observé

(l'observation passe par l'observateur qui donne une conclusion)

Ce que nous ignorons généralement, introduit par l'analyse systémique, à savoir :

- le temps

- les techniques ou moyens d'observation

- les rapports entre observateur et observé

- le référentiel de l'observateur

Ces quatre éléments interviennent dans le processus qui va de l'observateur à la conclusion. L'observateur, après avoir conduit son observation, intègre celle-ci dans son référentiel. Il ne sera plus le même observateur pour une autre opération.

* Le temps

Tout ce qui "est" évolue. Rapidement ou lentement, mais inéluctablement. Une observation est faite à un moment précis de la "vie" de l'observé. Elle ne vaut que pour ce temps-là.

Toute observation est virtuellement dépassée dès qu'elle est formulée. Toute conclusion s'applique à un événement passé. Elle est similaire à une photographie qui fige une situation en évolution. Elle ne représente qu'une vision partielle d'un passé. Toutefois une conclusion peut encore s'appliquer à une observation lorsque le sujet observé a une évolution lente (par rapport à nous), dont les modifications effectives ne sont pas encore apparentes dans les limites de l'observation

Pour être examinées, les conclusions d'une observation doivent donc être datées.

* Les moyens d'observation

Selon la technique d'observation, et les conditions d'environnement lors de l'observation, (filtres) les résultats peuvent être différents.

Nous observons par le truchement de nos sens, qui, tous, examinent chacun une bande de fréquences. L'ensemble de nos sens ne couvre pas la totalité des fréquences. Des appareils permettent d'amplifier des fréquences. Mais, en dernier ressort, ce sont généralement la vue et l'ouïe qui sont les récepteurs privilégiés des observations.

Selon les moyens d'observation, les résultats seront différents, et ce qui est observé sera différent aussi.

Pour être examinées, les résultats d'une observation doivent indiquer les moyens d'observation utilisés

 

* Rapports entre observateur et observé

L'observateur intervient dans l'observation. Le fait d'observer modifie ce qui est observé. Une observation résulte d'une interaction entre l'observateur et l'observé.

Ce qui est observé est le résultat de l'interaction entre observateur et observé.

Cette interaction peut être pratiquement nulle (un géologue observe une pierre) ou être intense (une personne en analyse chez un psychiatre). Elle implique la personnalité, le système de références de l'observateur. De plusieurs personnes en observation sur le même sujet, l'un observera quelque chose, un autre concluera différemment, et un tiers peut-être ne verra rien.

Pour être examinées, les conclusions doivent indiquer ce qui est observé et par qui, et, si possible, les rapports qui existent entre observateur et observé.

* Le référentiel de l'observateur

les conclusions d'une observateur sont différentes suivant le référentiel de l'observateur

Un observateur pense selon son propre référentiel acquis tout au long de sa vie de par son hérédité physique, son éducation familiale, sa formation scolaire ou universitaire et l'ensemble de toutes les expériences vécues et intégrées tout au long de son existence. Aucun référentiel n'est l'identique d'un autre. Aucune observation n'est analysée de la même manière par deux personnes

Pour être examinée, une conclusion devrait indiquer quelques éléments du référentiel de l'observateur.

 

* Conclusions

Pratiquement, nous ne pouvons exiger, lors de la formulation d'une conclusion, de connaître :

- quand ?

- avec quels moyens ?

- par qui ?

- avec quel référentiel ?

Mais une attitude prudente est de reconnaître, concernant toute affirmation

_ qu'elle concerne le passé, et qu'elle est peut-être dépassée.

- qu'une observation faite sur le même sujet par d'autres moyens (ou en d'autres circonstances, en d'autres temps) aurait pu être très différente et aurait pu conduire à d'autres affirmations.

- que, pour un même sujet observé, ce qui a été observé par l'un n'est pas ce qui a été observé par l'autre.

- que la conclusion de l'un n'est pas obligatoirement celle de l'autre.

Mais que, pour chacun, elle est leur vérité, en fonction de leur propre référentiel...

Il faut néanmoins tenir compte que certaines parties de référentiels peuvent être communes à plusieurs observateurs, ce qui leur permet de s'accorder sur leurs conclusions.

Aucune conclusion n'est acceptable pour vérité. La seule qui soit vraie est celle que vous formulez en fonction de ce que vous avez vous-même observé, et de qui vous êtes. Elle n'est vraie que pour vous

En contrepartie, vous ne pouvez imposer votre vérité à autrui.

La compréhension, puis l'acceptation de ces propositions conduisent à la fois à une plus grande tolérance à l'égard d'autrui, ainsi qu'à une plus grande prudence dans l'affirmation de ses propres idées.

* Important

Ce texte est constitué d'affirmations. Au lecteur de constituer SA vérité.

 

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