Questions économiques

vues d’un point de vue systémique

 

Historiquement, l’économie présente plusieurs phases successives.

  Le troc a probablement été le premier moyen d’échanges entre biens et services. Celui-ci se faisait de personne à personne, instantanément ou en différé, selon les conditions et la confiance existant entre partenaires, ceci sans monnaie.

  Puis, pour faciliter des échanges différés dans le temps ou les lieux, la monnaie est née. Pour que les échanges puissent avoir lieu, il fallait qu’elle puisse être digne de confiance. Les premières monnaies étaient elles-mêmes porteuses de cette confiance, par l’or, l’argent ou métaux précieux  quelles contenaient.

  Puis, les volumes d’échanges augmentant, cette monnaie a été remplacée par une autre, frappée par les états, gagée sur un or existant matériellement (étalon-or). Cette monnaie a pu devenir papier, chèques ou autres formes de moyens de règlements.

  Enfin, dans la période actuelle, la référence à l’or a été supprimée (accords de Bretton Woods) de telle sorte que les monnaies gagées par les Etats pouvaient se développer sans augmentation proportionnelle de la contre-partie en or, stockée dans des places fortes.

  Ces transitions sont probablement dues à l’augmentation progressive du volume des biens ou services à échanger.

 

Une économie n’est jamais définitivement régie par les mêmes lois. Elles évoluent au cours de temps.

Il semble que nous allions probablement vers de nouvelles modalités.

 

  Une analyse systémique des circuits de circulation de la monnaie semble concentrer celle ci entre deux systèmes :

  Le cycle production

Le personnel des entreprises est rémunéré par le versement de salaire en monnaie qui constitue le support du pouvoir d’achat. Les sommes versées sont toujours inférieures à la valeur des biens ou services produits. Il ne peut en être autrement, car dans ce cas, l’entreprise ne pourrait survivre. C’est à dire que le pouvoir d’achat global créé par l’ensemble des entreprises est toujours inférieur aux sommes nécessaires pour consommer leur production.

En globalisant l’ensemble mondial des entreprises, le pouvoir d’achat globalisé ne peut absorber la production globale.

Une production devient richesse, donc monnaie, seulement si elle est consommée. Elle ne peut l’être que si un pouvoir d’achat existe.

La consommation retourne de la monnaie à la production, laquelle sert à acheter les matières premières et rétribuer les services. Elle constitue également le bénéfice, qui est aussi création de pouvoir d’achat.

Ce cycle ne peut perdurer dans une entreprise que si la monnaie retournée est  suffisante à assurer ses besoins pour la production et son bénéfice.

Une entreprise bénéficiaire est donc celle qui phagocyte une part de la monnaie globale disponible au détriment d’autres entreprises. Cela ne change rien dans la globalité. Cela signifie que toutes les entreprises ne peuvent être bénéficiaires à la fois.

 

Malgré l’écart entre le pouvoir d’achat créé par les salaires, et les besoins de monnaie pour consommer la production, le système économique poursuit sa survivance, sinon son développement.

 Il ne peut y avoir qu’une raison, à savoir qu’il existe une monnaie différente de celle créée par la participation à une production de biens ou de services.

D’où provient-elle ? Principalement de l’emprunt, et de l’actionnariat, autrement dit : du crédit.

 

Le cycle crédit.

Le prêt est une mise à disposition de pouvoir d’achat par la création factice de monnaie, dite scripturale, dont le remboursement est différé.

Il se crée ainsi un nouveau secteur de services : le prêt d’argent.

Les intérêts des emprunts constituent sa rémunération. Ce marché, en ce début du XXIème siècle est largement ouvert et de plus en plus sollicité.

La somme des intérêts collectés constitue un trésor entre les mains d’offices internationaux, publics ou privés. Le Fond Monétaire international, la Banque pour le commerce international, entre autres, détiennent des sommes considérables. Une partie de ces fonds existe, l’autre, virtuelle, dépend de la solvabilité des remboursements. Les intérêts récupérés sont recyclés en prêts, produisant de nouveaux intérêts. C’est une spirale qui va en se développant, sans limitation possible. Aucune réglementation ne peut l’empêcher de croître de par sa nature même.

 Ne s’agit-il pas là d’un « feedback positif » dont on sait qu’il mène inéluctablement à une explosion, suivie de déstructuration (krach) ?

 

Le crédit, par sa nature même, prélève du pouvoir d’achat sur les marchés mondiaux. Non seulement il en stérilise une partie, mais encore crée les conditions d’une augmentation de ces prélèvements.

On observe que l’endettement total des nations est en croissance régulière, accélérée depuis 1980, tendant à devenir exponentielle. C’est à dire que les sommes produites par les emprunts le sont également.

  Encore une fois, le système économique, quel qu’il soit, poursuit sa survivance, sinon son développement. Comment ?

Les sommes collectées par les nations (contributions directes, indirectes, TVA) permettent une redistribution de monnaie par la création d’activités réputées nécessaires, non tenues à bénéfices et fonctionnant par subventions. L’armée, la marine, la police, les services secrets, l’administration de l’état, l’éducation, la santé, le service des retraites servies aux personnes âgées, parfois la culture, sont quelques-unes unes de ces activités.

 

D’où viennent les fonds.

- Une partie est prélevée sur les citoyens, diminuant leur pouvoir d’achat immédiat.

- Une autre partie provient de l’endettement des nations, auprès d’organismes inter-gouvernementaux ou privés (banques, sociétés financières de crédit).

 - Une autre source est l’actionnariat qui est la mise à disposition des entreprises des sommes d’argent, dont on pense retrouver ultérieurement les montants augmentés d’une quote-part des bénéfices escomptés.

L’émission d’actions est une forme d’emprunt déguisé, dans lequel il n’y a pas de date de remboursement, ni garantie de remboursement, ni de taux d’intérêt. Ce prêt peut, à tout moment, être récupéré, minoré ou majoré selon le cours de l’action, lequel ne dépend pas seulement des performances de l’entreprise, mais des spéculations sur ses possibilités, de même que d’aléas imprévisibles..

  La certitude que les prêts seront remboursés dans l’avenir « justifie » l’utilisation de telles techniques monétaires dans l’esprit du système économique actuel, dans sa phase présente.

 

Interconnexion des deux systèmes

  Ces deux systèmes interconnectés régissent la dynamique de l’économie.

 

Le premier crée une monnaie-travail, due à la participation à une production, biens ou services. Cette monnaie semble insuffisante..

Le second crée une monnaie issue du crédit et de la création d’actions. Cette monnaie se développe considérablement. Elle permet de proposer du pouvoir d’achat.

 

Cette observation des deux systèmes interconnectés montre que le premier cycle ne peut tourner seul. Il ne peut y avoir consommation des biens produits sans la monnaie produite par les seules rotations de ce cycle.

D’autre part la création exponentielle de monnaie virtuelle crée le risque d’un accident monétaire majeur par le volume qu’elle constitue qui augmente, jour après jour, au détriment de la consommation

C’est par le passage de cette monnaie du second vers le premier système que celui-ci peut perdurer. Le transit se fait par le prêt.

C’est à dire que l’essentiel de la monnaie en circulation est une monnaie factice, virtuelle, créée par le crédit et l’actionnariat, fondée sur la confiance en ce qui concerne la validité des remboursements et les performances des entreprises.

  Or l’emprunt n’est pas accessible à tous. Une grande partie de l’humanité en est exclue. Parmi ceux qui pourraient y prétendre, il faut des garanties.

Pour un particulier, c’est généralement l’existence d’un salaire suffisant ou la possibilité d’une prise de garantie (hypothèque). Dans la plupart des cas, il faut pouvoir se prévaloir d’un emploi. Or ceux-ci tendraient à diminuer.

Pour les Etats, il faut une adéquation entre leur économie interne et les règlements édictés par le fond monétaire international.

De toute manière, il s’agit d’une passerelle extrêmement limitée entre les deux cycles, totalement inappropriée aux besoins.

Le fonctionnement de ces deux systèmes n’est pas indéfiniment fiable. La désagrégation d’un des systèmes, prévisible à long terme, risque d’induire la désagrégation de l’autre

 

 

Conclusions

Le système économique mondial est actuellement dans une situation de risque grave.

Il arrive un moment, comme pour les individus, où une société dépasse le seuil à partir duquel elle peut rembourser ses dettes. Il lui faut alors emprunter pour rembourser, accroissant ainsi sa dette, par l’augmentation des intérêts dus. Si elle n’arrive pas à augmenter sa production de monnaie par le travail des entreprises, le système complet risque de s’effondrer.

Il semble nécessaire d’injecter dans cette économie mondiale une monnaie qui  profite à la consommation  et qui ne dépende pas de prêts avec intérêts.

 

A la lumière de cette analyse, il semblerait logique :

-       de diminuer les taux d’intérêts (efficacité faible sur le long terme)

-       de supprimer les intérêts lors d’un emprunt (stabilisant la masse globale dans le cycle du crédit et préservant l’avenir)

-       de rembourser partiellement ou globalement les intérêts dus par des Etats en voie de développement ou en crise (réduisant la masse globale).

Toute réduction du volume des intérêts se traduit par une augmentation du pouvoir d’achat. Lorsque le cycle des intérêts diminue, celui de la consommation augmente.

Tout ceci semble possible dans le cadre de nos économies ; seule la volonté politique paraît faire défaut. Toutefois, il semble probable que la nécessité l’y contraindra. 

 

Il existe peut-être d’autres possibilités, dont l’application demanderait une modification profonde de nos concepts selon lesquels une monnaie vienne toujours de quelque part.  

Ne pourraient-elles venir d’une écriture comptable créant une monnaie virtuelle, comparable à celle qui circule avec la monnaie scripturale ou simplement à celle de nos cartes bancaires ? Cette monnaie ne serait débitée sur aucun compte, mais autorisée et contrôlée par une autorité monétaire. Distribuée de manière sélective, selon les conditions économiques globales et locales, elle pourrait créer du pouvoir d’achat, sans augmenter le volume des intérêts prélevés, et sans augmenter la Dette globale. Sa validité limitée dans le temps éviterait le risque de thésaurisation. Et son emploi strictement limité à la consommation et aux services ferait tourner le système production/consommation qui est le fondement de notre économie dite capitaliste

Ces suggestions demanderaient une mutation importante dans nos modes de pensée dans lesquelles tout est basé sur l’échange, et non sur le don, fut-il virtuel …  

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